3 000 chiens mordent chaque année en France. Derrière ce chiffre brut, des vies basculent, des responsabilités s’imposent, sans distinction d’âge, de lieu ou de circonstances. La loi, elle, ne négocie pas : elle vise droit au but, sans s’attarder sur la bonne foi ou l’innocence supposée du maître.
En cas de morsure, la marche à suivre ne laisse aucune place à l’improvisation. Déclarer l’incident à la mairie, organiser une surveillance vétérinaire stricte : le protocole s’applique sans exception, peu importe le contexte. Quant à la victime, elle doit enclencher les démarches pour obtenir réparation, démarche qui mobilise le plus souvent l’assurance responsabilité civile du propriétaire.
Responsabilité du propriétaire : ce que prévoit la loi en cas de morsure de chien
La responsabilité en cas de morsure de chien ne laisse place à aucune interprétation. Dès qu’un chien blesse ou cause des dégâts, le propriétaire ou la personne qui en a la garde lors des faits est tenu d’assumer les dommages causés. L’article 1243 du code civil ne transige pas : surveiller un animal, ne serait-ce que temporairement, implique d’en répondre pleinement. Ici, l’historique du chien, sa taille ou même sa race restent anecdotiques : la règle vaut pour tous.
Ce principe ne s’arrête pas au seul propriétaire : il englobe aussi quiconque se voit confier l’animal, même l’espace d’une promenade. Le code rural et le code de la pêche maritime viennent appuyer cette exigence. À partir du moment où une personne détient le chien, la loi bascule la responsabilité sur elle, sans que la victime doive prouver une faute précise. La responsabilité civile s’applique alors d’office.
La règle se traduit ainsi : si une victime subit des dommages corporels ou matériels, le maître ou celui qui détenait le chien, ou son assureur, doit prendre en charge l’indemnisation. Ce système encourage une gestion sans faille des animaux domestiques.
Négliger la déclaration à la mairie ne fait qu‘alourdir les conséquences : en plus des obligations d’indemnisation, le détenteur s’expose à des poursuites administratives, voire à des sanctions supplémentaires, qui compliquent encore la situation.
Qui est tenu pour responsable ? Les situations qui engagent ou exonèrent le maître
Légalement, c’est toujours le propriétaire ou le détenteur, la personne ayant la garde effective du chien, qui doit répondre des actes de l’animal. Ce principe n’épargne personne : on devient responsable dès lors que le chien est sous sa surveillance, qu’on soit parent, voisin, ami ou simple promeneur d’un jour.
Pour clarifier dans quels cas la responsabilité peut être diminuée ou retirée, la loi identifie certaines exceptions bien précises :
- Force majeure : survenue d’un événement impossible à prévoir, irrésistible, auquel ni le maître ni le chien ne pouvaient s’opposer.
- Faute de la victime : si la personne blessée a provoqué, menacé ou fait preuve d’une imprudence évidente envers l’animal.
- Intervention d’un tiers totalement extérieur, qui bouleverse le déroulement de la scène.
Dans ces cas, encore faut-il en apporter la preuve de façon solide. Une surveillance approximative, une minute d’inattention ou la moindre négligence peuvent faire toute la différence. Les juges examinent minutieusement le comportement du chien, la réaction de la victime et le contexte précis de la morsure.
Premières démarches à effectuer après une morsure : protéger, soigner, déclarer
Une morsure de chien impose de réagir sans délai. L’urgence, c’est la sécurité : éloigner l’animal, rassurer la victime, reprendre le contrôle de la situation. Une blessure apparemment légère doit toujours conduire à une consultation médicale : une morsure cache parfois des risques bien plus graves après coup.
Voici les étapes à suivre dès les premières minutes :
- Laver la plaie à l’eau courante et désinfecter soigneusement.
- Consulter un professionnel de santé, qui décidera du traitement approprié (par exemple, antibiotiques, rappel vaccinal, sutures, etc.).
- Conserver tous les documents médicaux, les éventuelles photos et les témoignages qui serviront de preuves.
La déclaration de morsure à la mairie doit être faite dans les 24 heures. Cette démarche entraîne une surveillance sanitaire du chien, avec trois examens vétérinaires : le jour même, puis une semaine, et enfin quinze jours après la morsure. Ce suivi vise à écarter tout risque infectieux ou de rage, même si la maladie a disparu du paysage français.
La victime peut aussi porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie pour soutenir les démarches. La mairie peut exiger une évaluation comportementale de l’animal ; dans de très rares cas, l’euthanasie est envisagée, même si, en réalité, la prévention et la rigueur du maître constituent la meilleure réponse pour éviter tout drame répété.
Indemnisation et recours : comment obtenir réparation après une morsure de chien
Les conséquences d’une morsure de chien dépassent rarement les seules blessures physiques. Il faut agir rapidement pour rassembler les éléments-clés : certificat médical, clichés des lésions, témoignages, copie du signalement effectué à la mairie. Ce dossier pèsera lourd pour la suite.
En général, l’assurance responsabilité civile du maître prend en charge ce type de sinistre. L’évaluation du préjudice tient compte des blessures, de l’éventuelle cicatrice, des répercussions psychologiques, des pertes de revenus ou des frais de soin. La nomenclature Dintilhac sert alors de référence pour calculer l’ensemble des préjudices.
Si le propriétaire du chien n’est pas retrouvé, ou qu’aucune indemnisation n’est proposée, la victime peut solliciter le fonds d’indemnisation spécifique qui couvre ce type d’accidents. Pour les situations les plus litigeuses, il reste possible de s’appuyer sur le conseil d’un spécialiste du droit animalier. Une procédure judiciaire devant les tribunaux civils permet de trancher et d’obtenir une reconnaissance officielle ainsi que des dommages et intérêts adaptés à la gravité des faits.
Obtenir réparation demande méthode et patience. La solidité du dossier compte autant que le respect rigoureux des démarches prévues par la loi. Là où l’animal blesse, la justice impose ses règles et rappelle à tous l’exigence de vigilance. Face au risque, ni relâchement ni oubli : une morsure, et tout un monde bascule.


